Des noyaux magiques au cœur des supernovae
Une étude théorique menée par le LPC Caen
Il est déjà reconnu que les noyaux dits magiques, en particulier les noyaux exotiques avec 50 ou 82 neutrons, jouent un rôle essentiel dans le processus de nucléosynthèse (processus r)
Dans la phase finale de leur évolution, les étoiles avec une masse supérieure à environ 8 fois celle de notre Soleil et ayant entièrement consommé leur combustible thermonucléaire, s’effondrent sur elles mêmes par effet de leur propre gravité. La composition du cœur de l’étoile pendant ce processus est très importante, car c’est la section efficace de capture d’électrons
L’étude des chercheuses de l’IN2P3 et de leurs étudiants montre que l’augmentation du nombre de nucléons des noyaux pendant l’effondrement ne se fait pas de façon continue, mais progresse par paliers gouvernés par les nombres magiques des neutrons. Ces discontinuités sont d’autant plus importantes que la propriété de "magicité" est vérifiée pour les noyaux en question. Or, cette propriété bien comprise pour les noyaux stables, est encore mal connue pour les noyaux extrêmement riches en neutrons qui sont présents dans les supernovae.
La "magicité" d’un noyau atomique correspond à une énergie de liaison accrue par rapport aux noyaux voisins (en termes de nombres de nucléons). Elle se réflète donc directement sur le comportement de la masse du noyau. En utilisant plusieurs modèles de masse nucléaire qui estiment différemment l’accroissement de l’énergie de liaison, l’étude montre que le taux de capture des électrons par les noyaux peut varier de 30%, voire plus. Une fois inclus de façon cohérente dans la dynamique macroscopique de la supernova, on peut raisonnablement s’attendre à ce que des effets de cette importance, aient un impact notable sur les quantités issues de cette dynamique, notamment sur l’émission des neutrinos.
La question de la persistance de la magicité des noyaux atomiques loin de la stabilité est un des axes majeurs de la recherche en physique nucléaire, et est à l’origine de nombreux programmes expérimentaux ambitieux auprès d’installations internationales et nationales. Les nouvelles installations telles que DESIR et S3-LEB au GANIL font partie de cet effort.
Références
- 1) Adriana R. Raduta, Francesca Gulminelli, Micaela Oertel, Modification of magicity toward the dripline and its impact on electron-capture rates for stellar core collapse, Phys.Rev. C93 (2016) 025803
- 2) Guilherme Grams, Simon Giraud, Anthea F. Fantina, Francesca Gulminelli, Distribution of nuclei in equilibrium stellar matter from the free-energy density in a Wigner-Seitz cell, Phys.Rev. C97 (2018) 035807
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