La collaboration DESI achève son relevé initial de galaxies sur cinq ans et poursuit sa traque de la nature de l’énergie noire

Résultats scientifiques Astroparticules et cosmologie

DESI, l’un des relevés du cosmos les plus vastes jamais réalisés, a achevé toutes les observations nécessaires à sa carte 3D initialement prévue de l’Univers. Les scientifiques utilisent cette carte pour étudier l’énergie noire, l’un des plus grands mystères de la physique. Les chercheurs prévoyaient de collecter des données sur 34 millions de galaxies et de quasars durant cinq ans, mais l’instrument a été si performant qu’il a permis d’observer plus de 47 millions de galaxies et de quasars, ainsi que plus de 20 millions d’étoiles proches utilisées pour étudier la Voie lactée. DESI poursuit maintenant ses observations et étendra son relevé afin de couvrir une plus grande partie du ciel, pour mieux étudier à la fois l’énergie noire et la matière noire.   

La nuit dernière, les 5 000 yeux robotisés du Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI) se sont orientés vers une portion du ciel proche de la Petite Ourse pour collecter la position de ses galaxies et quasars et ainsi achever l’exploration de toute la zone incluse dans la carte de l’Univers initialement prévue par DESI. Cette étape majeure, terminée en avance sur le calendrier et avec bien plus de données que prévu, démontre les performances incroyables de l’instrument et le succès du projet, aussi bien d’un point de vue technique que scientifique. 

« La prise de données de DESI sur cinq ans a été remarquablement réussie », déclare Michael Levi, directeur de DESI et scientifique au Berkeley Lab. « L’instrument a dépassé nos attentes. Les résultats sont  incroyablement enthousiasmants. L’ampleur de la carte, ainsi que la rapidité avec laquelle nous avons pu la réaliser, sont phénoménales. Nous allons célébrer l’achèvement de l’étude initiale, puis nous atteler à l’analyse des données, car nous sommes tous curieux de découvrir quelles nouvelles surprises nous attendent. »

Traquer la nature de l'énergie noire                                                                                        

En l’espace de cinq ans, DESI a recueilli six fois plus de galaxies et de quasars que tous les relevés du ciel des générations précédentes. Les chercheurs et chercheuses ont ainsi pu établir la plus grande carte tridimensionnelle haute résolution de l’Univers jamais réalisée afin d’étudier l’influence de l’énergie noire sur la répartition des galaxies. Cette énergie noire serait responsable de l’accélération de l’expansion de l’Univers et représente aujourd’hui environ 70% de son contenu.     

En comparant la manière dont les galaxies étaient regroupées dans le passé avec leur répartition aujourd’hui, les scientifiques ont retracé l’influence de l’énergie noire sur 11 milliards d’années d’histoire cosmique. Des résultats surprenants, obtenus à partir des trois premières années de données de DESI, laissent penser que l’énergie noire — autrefois considérée comme une « constante cosmologique » — pourrait en fait évoluer au fil du temps. Avec l’ensemble complet des données couvrant cinq années, les chercheurs et chercheuses disposeront de beaucoup plus d’informations pour vérifier si cet indice est voué à disparaître ou à se renforcer. S’il est confirmé, cela marquerait un changement majeur dans notre manière de comprendre l’Univers et son destin potentiel, qui dépend de l’équilibre entre la matière et l’énergie noire.

Une fine tranche de la carte produite par le relevé quinquennal de DESI montre des galaxies et des quasars au-dessus et au-dessous du plan de la Voie lactée. La Terre se situe au centre des secteurs, et la zone noire indique l’endroit où notre propre galaxie masque les objets lointains. La lumière des galaxies les plus éloignées représentées a été émise il y a 11 milliards d’années.
Une fine tranche de la carte produite par le relevé quinquennal de DESI montre des galaxies et des quasars au-dessus et au-dessous du plan de la Voie lactée. La Terre se situe au centre des secteurs, et la zone noire indique l’endroit où notre propre galaxie masque les objets lointains. La lumière des galaxies les plus éloignées représentées a été émise il y a 11 milliards d’années. Image : Claire Lamman/DESI collaboration.

Les équipes impliquées au CNRS

Les équipes de recherche du CNRS ont joué plusieurs rôles-clés dans l’obtention des résultats avec un an de données et sont également fortement impliqués dans les analyses avec trois ans de données. Plusieurs publications sont attendues d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, la collaboration s'apprête à commencer à traiter l’ensemble de données collectées par DESI pendant cinq ans, les nouveaux résultats sur l’énergie noire étant attendus en 2027. 

  • Au LPNHE, les contributions du groupe mené par Pauline Zarrouk, responsable du projet DESI pour CNRS Nucléaire et Particules, s’étendent de la conception et la validation du relevé de galaxies lumineuses les plus proches de nous à l’exploitation scientifique des données pour apporter les meilleures contraintes sur la nature de l’énergie noire, mais également sur les tests de la gravité aux échelles cosmologiques (voir l’actualité du 20 novembre 2024). Cet effort est poursuivi avec l’analyse en cours des données du relevé de galaxies les plus proches collectées pendant trois ans au moyen de nouvelles méthodes qui permettraient d'améliorer d’un facteur deux la précision sur les propriétés de l'énergie noire.
  • Au CPPM, Julian Bautista est co-responsable du groupe de travail de DESI sur la cosmologie avec les vitesses propres des galaxies de DESI. La mesure directe des vitesses des galaxies permet d’améliorer notre connaissance sur la gravité aux échelles cosmologiques dans l’Univers proche. En décembre 2025, le groupe de travail a publié un ensemble de sept articles sur les résultats obtenus avec la première année d’observations et se prépare actuellement pour analyser la totalité de DESI, en collaboration avec des scientifiques du LPCA et du LPNHE. 
  • De plus, Alice Pisani dirige l'activité des vides cosmiques, dans le cadre de son ERC COSMOBEST (COSMOlogy Beyond Standard Techniques: a program to exploit cosmic voids for precision cosmology) dédiée à extraire des contraintes cosmologiques grâce aux vides observés par les sondages modernes. 

  • Au LAM, Matthew Pieri a été co-responsable de l’analyse sur la distribution du gaz intergalactique tracé par la lumière de quasars lointains pour comprendre les processus astrophysiques liés à la formation des galaxies et du gaz qui les entoure. Sept articles basés sur les trois premières années d'observations ont été publiés par le groupe de travail analysant la lumière émise par ces quasars les plus lointains afin de tester le modèle cosmologique et la nature de l’énergie noire.
  • Eric Jullo est membre du groupe qui combine les observations de DESI avec les relevés de lentilles gravitationnelles obtenus par d'autres collaborations. Dans un article publié en décembre 2025, DESI confirme le désaccord sur la quantité de matière mesurée dans l'univers proche et dans l'univers lointain.

    Cette séquence en accéléré montre les observations de DESI qui s’accumulent pour compléter la carte du relevé qui se concentre sur les objets les plus faiblement lumineux et les plus éloignés. Chaque « tuile » correspond à une orientation du télescope où DESI enregistre simultanément les spectres de milliers d’objets. Les tuiles se chevauchent afin d’augmenter la densité de la carte, la plupart des zones étant observées plusieurs fois.
    Cette séquence en accéléré montre les observations de DESI qui s’accumulent pour compléter la carte du relevé qui se concentre sur les objets les plus faiblement lumineux et les plus éloignés. Chaque « tuile » correspond à une orientation du télescope où DESI enregistre simultanément les spectres de milliers d’objets. Les tuiles se chevauchent afin d’augmenter la densité de la carte, la plupart des zones étant observées plusieurs fois. Image : collaboration DESI.

Des observations qui se poursuivent

DESI va poursuivre ses observations jusqu’en 2028. Il va ainsi étendre sa carte d’environ 20 %, passant de 14 000 degrés carrés à 17 000 degrés carrés (à titre de comparaison, l’ensemble du ciel en compte plus de 41 000). Cette carte étendue inclura des régions du ciel plus difficiles à observer : des zones plus proches de la Voie lactée, où les étoiles brillantes et proches rendent plus difficile l’observation d’objets lointains, ainsi que des régions plus au sud, où le télescope doit tenir compte d’une plus grande épaisseur de l’atmosphère terrestre à traverser.

En parallèle, DESI prépare également une deuxième phase d’observations à partir de 2029 pour une durée de six ans. Cette deuxième phase vise à observer des galaxies plus lointaines afin de sonder l’Univers plus jeune mais également à renforcer les synergies avec le programme d’observation du ciel LSST (Legacy Survey of Space and Time) de l’observatoire Vera Rubin dont la première lumière a été obtenue en juin dernier.

Outil de visualisation Cosmic Web Explorer de la structuration de la matière et des vides cosmiques développé avec le l’intelligence artificielle par des scientifiques du CPPM, du LPNHE et de l’Université d’Arizona [lien vers l’article]. A gauche, l’utilisateur peut faire varier les paramètres cosmologiques et le redshift pour simuler l'évolution de la structuration de la matière. Ici, le modèle choisi correspond au modèle d'énergie noire dynamique privilégiée par la combinaison des données de DESI DR2 BAO, du fond diffus cosmologique et des supernovae de type Ia. A droite, une tranche des données réelles collectées par DESI pendant cinq ans est montrée à titre de comparaison. Crédit : Nico Schuster, Claire Lamman & Pauline Zarrouk / DESI collaboration
Outil de visualisation Cosmic Web Explorer de la structuration de la matière et des vides cosmiques développé avec le l’intelligence artificielle par des scientifiques du CPPM, du LPNHE et de l’Université d’Arizona [Setting SAIL: Leveraging Scientist-AI-Loops for Rigorous Visualization Tools]. A gauche, l’utilisateur peut faire varier les paramètres cosmologiques et le redshift pour simuler l'évolution de la structuration de la matière. Ici, le modèle choisi correspond au modèle d'énergie noire dynamique privilégiée par la combinaison des données de DESI DR2 BAO, du fond diffus cosmologique et des supernovae de type Ia. A droite, une tranche des données réelles collectées par DESI pendant cinq ans est montrée à titre de comparaison. Crédit : Nico Schuster, Claire Lamman & Pauline Zarrouk / DESI collaboration

La collaboration DESI

DESI est une collaboration internationale qui réunit l’expertise de plus de 900 chercheurs (dont 300 doctorants) issus de plus de 70 institutions. Le projet est piloté par le Lawrence Berkeley National Laboratory (Berkeley Lab), relevant du Département de l’Énergie (DOE) des États-Unis, et l’instrument a été construit et est exploité grâce à un financement du Bureau des sciences (Office of Science) du DOE. DESI est installé sur le télescope Nicholas U. Mayall de 4 mètres de la National Science Foundation des États-Unis, à l’observatoire de Kitt Peak National Observatory (un programme de NSF NOIRLab) en Arizona.

DESI est soutenu par le Bureau des sciences du DOE ainsi que par le National Energy Research Scientific Computing Center, une installation nationale ouverte aux utilisateurs relevant du DOE Office of Science. Un soutien supplémentaire est apporté par la National Science Foundation des États-Unis ; le Science and Technology Facilities Council du Royaume-Uni ; la Gordon and Betty Moore Foundation ; la Heising-Simons Foundation ; le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) en France ; le Conseil national des sciences humaines, des sciences et des technologies du Mexique ; le ministère de la Science et de l’Innovation de l’Espagne ; ainsi que par les institutions membres de DESI.

La collaboration DESI est honorée d’être autorisée à mener des recherches scientifiques sur I’oligam Du’ag (Kitt Peak), une montagne revêtant une importance particulière pour la nation Tohono O’odham.

Voir aussi

Une visualisation montrant l’accumulation des cinq ans de données par DESI pour construire la carte 3D de l’Univers, commençant avec le pavage du ciel par DESI. La Terre est située au centre et chaque point est une galaxie.

Contact

Pauline Zarrouk
Chercheuse CNRS au LPNHE et responsable scientifique du projet DESI pour CNRS Nucléaire & Particules
Nicolas Leroy
Directeur adjoint scientifique "Astroparticules et cosmologie"
Thomas Hortala
Chargé de communication