À IJCLab, l’accélération laser-plasma intégrée pour la première fois à une ligne faisceau

R&D accélérateurs

Le projet PALLAS (Prototyping Accelerator based on Laser pLASma technologies), développé à IJCLab (CNRS / UPS) en collaboration avec le LLR (CNRS / École Polytechnique) et le LP2I Bordeaux (CNRS / Université de Bordeaux), a produit son premier faisceau d'électrons avec un dispositif d’accélération laser plasma conçu pour être directement intégré dans une ligne faisceau. Ce résultat marque une étape importante dans le positionnement de CNRS Nucléaire & Particules dans le développement de technologies d'accélération compactes de nouvelle génération, reposant sur l'accélération par sillage plasma laser.

Vue d’une partie d la ligne de faisceau de l’accélérateur PALLAS, à IJCLab (portion d’environ 3m de long). Le faisceau y circule de gauche à droite. À gauche, entourée en rouge, se trouvent les 2 cellules plasma encadrées de pompes à vide. Crédit : PALLAS IJCLab CNRS

L’accélération laser-plasma par sillage est une technologie émergente, qui permet d’accélérer des paquets d’électrons à des vitesses relativistes grâce à des impulsions laser ultra-courtes et intenses, au sein de dispositifs plus compacts que les accélérateurs radiofréquences conventionnels. Les gradients d’accélération obtenus, jusqu’à mille fois supérieurs sur des distances équivalentes, en font une approche prometteuse, bien que sa maîtrise technique reste un défi. Depuis plus de vingt ans, des efforts de recherche sont déployés dans plusieurs centres à travers le monde pour améliorer, optimiser et stabiliser cette technologie, avec pour objectif d’en faire une source d’électrons fiable et reproductible, susceptible de servir de base à de futurs accélérateurs de particules pour des applications variées.

C’est dans ce cadre que l’équipe du projet PALLAS à IJCLab s’intègre, avec l’objectif de faire passer la technologie d’un stade d’expérience de laboratoire à celui de dispositif intégré dans une vraie ligne de faisceau. En accélérant, l’été dernier, leurs premiers électrons à 160 mégaélectronvolts (MeV) dans leur ligne de faisceau prototype, ils ont donc franchi un cap majeur en montrant pour la première fois que cette intégration était techniquement possible et fonctionnelle.

Un mélange gazeux contrôlé à des échelles submillimétriques

« Jusqu’à présent, les expériences d’accélération laser plasma se faisaient principalement sur des dispositifs encombrants, enfermés dans des grandes enceintes à vide de plus d’un mètre de diamètre et pas du tout adaptées à une ligne de faisceau, explique Kevin Cassou, ingénieur de recherche à IJCLab et responsable du projet PALLAS. Cette fois, dans notre installation, l’enceinte sous vide a disparu et les différents éléments ont pu être intégrés directement dans la ligne faisceau. » Cela ne s’est pas fait sans mal puisqu’il a fallu trouver un système pour faire cohabiter dans un volume très réduit de quelques dizaines de centimètres cube, des zones remplies de gaz, là où se forme le plasma et où sont accélérés les électrons, avec des zones maintenues sous un vide poussé, où cheminent les impulsions laser et les paquets d’électrons accélérés. 

L’astuce de l’équipe a été de créer des cellules plasma dans lesquelles le gaz entre en continu avant d’être évacué par deux orifices successifs à l’aide de pompes à vide. « Dans les cellules plasma, la pression est de 0,1 Bars, précise Kevin Cassou, tandis que quelques millimètres plus loin dans le reste du dispositif elle tombe jusqu’à 10-7 Bars. » Le système fonctionne donc à merveille et, cerise sur le gâteau, il s’avère beaucoup plus précis. « Avec ce flux de gaz régulier, nous pouvons contrôler très finement la composition du mélange gazeux et sa densité dans les cellules plasma à des échelles submillimétriques, se félicite le scientifique. Surtout, nous allons éviter le problème qui survient dans les autres expériences lorsqu’elles montent la cadence des impulsions laser. Comme elle n’injectent le gaz que par petites bouffées synchronisées avec les impulsions laser, des turbulences finissent par se former à haute cadence. » 

Tout n’est cependant pas encore complètement solutionné avec ce système en flux continu. « Un enjeu majeur va être de résoudre le problème de la dissipation de l’énergie déposée sur l’entrée de la cellule avec l’augmentation du taux de répétition des lasers. Nous sommes actuellement à 1.5-2W, mais des systèmes laser à 100Hz commencent à fonctionner pour des accélérateurs laser plasma avec des puissances moyennes atteignant désormais plusieurs dizaines de Watts. »

Gros plan sur la zone des cellules plasma de l'installation PALLAS
La double cellule de gaz de la source d’électrons laser-plasma de la ligne faisceau PALLAS se trouve derrière le hublot qui laisse entrevoir la paroi de 300 micromètres qui les sépare. La cellule de gauche mesure 600 micromètres et celle de droite 1 millimètre. L’optique permet de collecter l’émission du plasma pour contrôler dans le circuit la composition des gaz. Crédit : PALLAS IJCLab CNRS

Deux cellules plasma successives d’à peine quelques millimètres de long

Le dispositif PALLAS utilise la source LASERIX de l’université Paris Saclay, rattachée à IJCLab depuis 2020. Elle produit des impulsions de 50 térawatts et de 40 femtosecondes envoyées à la cadence d’une impulsion par seconde dans le dispositif. L’impulsion laser traverse alors deux cellules plasma successives d’à peine quelques millimètres de long. Dans la première, l’impulsion frappe un mélange d’hélium et d‘azote qu’elle ionise instantanément et dont elle « capture » dans son sillage un maximum d’électrons. Cette cellule joue le rôle d’injecteur en créant le faisceau d’électrons à accélérer. L’impulsion et son cortège d’électrons ainsi piégés se déplace ensuite jusqu’à la seconde cellule plasma, uniquement remplie d’hélium, qui sera alors le siège de l’accélération proprement dite. À la sortie de la seconde cellule, l’impulsion laser, qui précède les électrons, est déviée et les électrons poursuivent leur chemin dans la ligne faisceau, traversant divers équipements de mesure.

Campagne 2026

À partir de janvier 2026, l’équipe PALLAS entamera une nouvelle campagne de tirs visant à monter progressivement en énergie pour atteindre 200 MeV à une cadence de 10 Hz. Cette campagne sera également l’occasion de tester des diagnostics rapides en temps réel, couplés à des algorithmes de « machine learning », pour optimiser la stabilité et la qualité du faisceau.

À propos de PALLAS

Au CNRS, les recherches sur l’accélération laser plasma mobilisent une communauté de scientifiques dépendant de trois instituts : CNRS Nucléaire & Particules, CNRS Physique et CNRS Ingénierie. Elles s’inscrivent dans un programme de recherche structuré autour des projets PALLAS, LAPLACE HC et LAPLACE HE.

Le programme sur l’accélération laser-plasma du CNRS s'inscrit dans le cadre d'EuPRAXIA (European Plasma Research Accelerator with Excellence in Applications), un projet européen dédié à la construction d’infrastructures de recherche dédiée aux accélérateurs plasma. Inscrit en 2021 sur la feuille de route de l'ESFRI (European Strategy Forum on Research Infrastructures), qui identifie les infrastructures de recherche d'importance stratégique pour l'Europe à horizon 10-20 ans, EuPRAXIA vise à construire des accélérateurs innovants à Frascati (INFN, Italie) et ELI-Beamlines (République Tchèque). Ces infrastructures ont vocation à accueillir des communautés plus larges pour des applications dans les domaines de l’imagerie médicale, de la recherche sur les biomolécules ou encore sur les sciences des matériaux.

PALLAS avec les installations LAPLACE du LOA, joue également un rôle central dans le projet européen INFRATECH PACRI (Plasma Accelerator systems for Compact Research Infrastructures) en tant que principal contributeur français. Coordonné par Elettra (synchrotron de Trieste), ce consortium de 26 partenaires européens réunit notamment le CERN, le CNRS, Amplitude Laser et Thales pour développer des accélérateurs plasma comme solution durable réduisant l'empreinte carbone des infrastructures de recherche.

Au total, sur les 6 dernières années, le projet PALLAS a bénéficié d'un financement de plus de 1,2 million d’euros de l'équipEX PACIFICS, de 950 000 euros de l’IN2P3, 740 000 euros des CPER et Equipex CILEX, ainsi que des financements de l’Université Paris Saclay et des ressources propres du laboratoire IJCLab assurant le fonctionnement de la plateforme LASERIX pour environ 85 000 euros annuels.

État de l'art des technologies laser-Plasma

Le consortium de la phase préparatoire d’EuPRAXIA (EuPRAXIA-PP) a annoncé la publication d’un article de revue dans Physics of Plasmas, intitulé «Technical status report on plasma components and systems in the context of EuPRAXIA ». L’article dresse un état de l’art des technologies plasma essentielles au développement des futurs accélérateurs compacts de haute performance.

Lire le communiqué sur le site d'IJCLab

Contact

Kevin Cassou
Ingénieur de recherche à IJCLab et responsable du projet PALLAS
Arnaud Lucotte
DAS Accélérateurs, détecteurs et technologies
Emmanuel Jullien
Responsable du service communication CNRS Nucléaire & Particules