Présentation organisée au CERN lors d’une visite du site de l’expérience CMS, en septembre 2026, dans le cadre du débat public sur le FCC, auquel ont également contribué des scientifiques de l’IN2P3. (Image : G. Boudoul)

Projet FCC du CERN : retour sur quatre mois de débat public

Institutionnel Physique des particules

Pendant quatre mois, le projet de Futur collisionneur circulaire (FCC) du CERN a fait l’objet d’un débat public organisé sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). L’occasion d’échanger sur les ambitions scientifiques de ce grand projet de recherche, mais aussi sur ses impacts environnementaux et ses enjeux territoriaux. Les scientifiques de CNRS Nucléaire & Particules se sont également mobilisés pour participer à ce dialogue avec la société. Retour sur cette expérience, suivi d'un entretien avec Laurent Vacavant, délégué scientifique à la coordination du programme FCC à CNRS Nucléaire & Particules. 

Le FCC, un projet de collisionneur pour l'après-LHC

Du 2 juin au 1er octobre 2026, le projet de Futur collisionneur circulaire (FCC) du CERN et son raccordement électrique ont fait l’objet d’un débat public en France organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) à la suite d'une saisine conjointe du CERN et de RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité français. Une démarche parallèle de concertation s'est également déroulée en Suisse, l'autre État hôte du CERN.

Le FCC prévoit un collisionneur électron-positon (FCC-ee) dans un premier temps. Il serait installé dans un tunnel d’environ 91 kilomètres de circonférence, dont le tracé passerait sous la Haute-Savoie et l’Ain en France, ainsi que sous le territoire suisse. L’objectif scientifique est d’étudier avec une précision inédite certaines particules fondamentales, notamment le boson de Higgs, les bosons W et Z et le quark top. Ces mesures permettraient de mieux comprendre leurs propriétés et leurs interactions, ainsi que de rechercher d’éventuels indices d’une physique encore inconnue. Dans un deuxième temps, ce même tunnel pourrait éventuellement accueillir un collisionneur proton-proton (FCC-hh), qui permettrait d’atteindre des énergies de collision bien supérieures à celles du LHC actuel.

Alors que la communauté française de physique des particules a exprimé son soutien au FCC dans le cadre de l'actualisation de la stratégie européenne de la discipline, ce débat public a permis d’ouvrir les échanges à un public plus large et d’aborder les enjeux du projet sous d’autres angles.

Les grandes questions du débat public

Autorité administrative indépendante, la CNDP a pour mission de garantir le droit du public à être informé et à participer aux décisions concernant les grands projets susceptibles d'avoir des impacts importants sur l'environnement. Le débat qu'elle organise ne vise pas à se prononcer pour ou contre un projet, mais à permettre l'expression et la confrontation des arguments, y compris sur son opportunité et ses alternatives.

La CNDP a mis en place différents dispositifs permettant aux citoyens, associations, scientifiques, élus locaux, et représentants institutionnels de prendre part aux échanges : réunions publiques, ateliers thématiques, rencontres sur le terrain, webinaires et contributions écrites. Les échanges ont porté sur de nombreux aspects du FCC :  les objectifs scientifiques, le coût et le financement du projet, sa consommation énergétique, son empreinte environnementale, la gestion des matériaux excavés ou encore les conséquences des travaux sur les territoires concernés. Les retombées économiques, les innovations technologiques et la place de la recherche fondamentale dans la société  ont également été abordées.

Ces questions ont suscité des réactions variées ou contrastées. Certains participants ont souligné les perspectives scientifiques, technologiques et économiques offertes par le FCC. D'autres ont interrogé sa pertinence au regard de ses coûts, de ses impacts et des défis environnementaux actuels.

Les scientifiques de l'Institut mobilisés dans le débat

Parmi les différents moyens de participation, les cahiers d'acteurs tiennent une place très importante dans le débat : Il s’agit de contributions écrites permettant à des organismes, associations, ou collectifs de rédiger leur position sur le projet.

Au total, 65 cahiers d'acteurs ont été publiés dans le cadre de ce débat. La communauté de l'IN2P3 s'est particulièrement mobilisée, avec 11 cahiers d'acteurs issus de ses laboratoires et collectifs de l’Institut. A noter également la contribution de l'Académie des Sciences ou de collectifs de jeunes chercheurs.

Ces textes ont permis de présenter les motivations scientifiques du projet, les perspectives de recherche ouvertes par ce collisionneur et les enjeux de formation et de développement technologique associés. Ils ont également offert aux scientifiques un espace pour répondre à certaines interrogations du public et expliciter les raisons de leur engagement dans ce projet de long terme.

À noter qu’un format spécifique a été créé pour ce débat public : les contributions d’expertise scientifique et technique. En raison du caractère scientifique et technique particulier du projet FCC, ce format permet à des scientifiques d’apporter, à titre individuel, leur expertise sur des questions soulevées au cours du débat. Sur 11 contributions, 7 ont été rédigées par des scientifiques de l’Institut.

La mobilisation des scientifiques de l’IN2P3 ne s’est pas limitée aux contributions écrites. Plusieurs d’entre eux ont également participé aux tables rondes, aux réunions publiques, aux visites de site et aux débats mobiles organisés dans le cadre du débat public. À noter notamment leur forte participation au forum des acteurs organisé en août à La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie, avec près de 7 stands de l’Institut présents.

Table ronde du Forum des acteurs, organisé à La Roche-sur-Foron (Haute-Savoie) en août 2026. Les scientifiques de l’IN2P3 ont participé à plusieurs échanges avec le public lors de cet événement.
Table ronde du Forum des acteurs, organisé à La Roche-sur-Foron (Haute-Savoie) en août 2026. Les scientifiques de l’IN2P3 ont participé à plusieurs échanges avec le public lors de cet événement. (Image : G. Boudoul)

À Marseille, des étudiants internationaux se penchent sur le projet FCC

Le débat public a également donné lieu à des initiatives originales destinées à faire participer de nouveaux publics. À Marseille, le CPPM (CNRS / Aix Marseille Université) a ainsi accueilli une démarche associant douze étudiants de six pays différents dans le cadre du programme international Matter and Universe Summer Institute (MUSI), en partenariat avec l'équipe du débat public.

Accompagnés notamment par C. Diaconu, F. Djama, Y. Coadou et S. Beurthey du CPPM, les étudiants ont été invités à développer une réflexion critique sur les enjeux du FCC, en croisant les dimensions scientifiques, environnementales et sociétales du projet. Cette expérience a su donner à de jeunes participants la possibilité de s'approprier les enjeux d'une grande infrastructure scientifique et de formuler leurs propres interrogations. 

Une étape dans un processus de décision encore ouvert

La clôture du débat public, le 1er octobre, ne marque pas la fin du processus. Les contributions recueillies feront l’objet d’un compte rendu rédigé par l’équipe du débat, ainsi que d’un bilan établi par la CNDP. Ce bilan sera exposé publiquement le 3 décembre lors d'un webinaire. 

Le CERN et RTE devront ensuite préciser les suites qu'ils entendent donner au projet et la manière dont ils prennent en compte les observations formulées. À ce stade, aucune décision définitive de construction du FCC n'a été prise. Une décision du Conseil du CERN, composé des représentants des 25 États membres, pourrait intervenir au plus tôt en 2028. Même en cas de décision favorable, la réalisation du projet resterait soumise à l’obtention des autorisations administratives et réglementaires nécessaires.

Pour les scientifiques de l’IN2P3, ce débat public a été l’occasion de présenter les ambitions scientifiques du FCC, mais aussi d’échanger avec les citoyens sur leurs attentes et leurs préoccupations. Des échanges qui se poursuivront au fil des prochaines étapes du projet. 

Entretien avec Laurent Vacavant, délégué scientifique à la coordination du programme FCC à CNRS Nucléaire & Particules

Quelle est votre impression générale après avoir participé à la plupart des rencontres avec le public ?

Le débat public était inédit par son ampleur, sa nature et ses acteurs. La CNDP a par le passé déjà organisé des débats autour de projets technologiques pointus mais jamais autour d’enjeux de recherche fondamentale. Il était également inhabituel d’avoir aux côtés de la société française Réseau de Transport d’Électricité, un porteur de projet tel que le CERN, organisation intergouvernementale de 25 États membres. Par ailleurs la séquence temporelle était aussi originale : la concertation n’est pas suivie de décision ni d’autorisations de travaux immédiates comme c’est le cas d’ordinaire. Dans le cas du FCC, c’est lors du vote global du Conseil du CERN en 2028 que les deux représentants officiels de la France, au même titre que ceux des autres États-membres, se prononceront, après un arbitrage budgétaire national. 

Quelle a été la part de la science dans le débat ?

La CNDP a « installé » plutôt localement la consultation française, parallèlement à la consultation suisse, dans les départements de l’Ain et de Haute-Savoie, où serait construit le tunnel souterrain du FCC, même si des outils permettaient une expression pour tous les citoyens. Le débat a été découpé en thématiques les plus proches des préoccupations des habitants : présentation générale du projet et de la science, les alternatives au projet, l'aménagement du territoire, la consommation électrique, la gestion de l'eau, celle des déchets excavés, l’impact sur l’emploi, les transports, le logement, les impacts sur l’environnement et la biodiversité… Au final j'aurais aimé qu'il y ait un peu plus de place pour expliquer les enjeux de la recherche fondamentale en physique des particules et ce qu’ambitionnent d’explorer les scientifiques à l’aide d’un nouveau collisionneur, pourquoi ils continuent à s’intéresser au boson de Higgs, comment percer l’énigme de l’antimatière… 

Le projet impliquant un investissement national, il gagnerait à être mieux expliqué au plus grand nombre, ce qui nécessite un temps plus long que le temps alloué au cours de la consultation.

La communauté des physiciennes et physiciens des particules a-t-elle été associée aux échanges ?

Les scientifiques ont pu participer et s'exprimer librement pendant la consultation, plusieurs personnes de l'institut se sont mobilisées pour cela, même si in fine les opposants au projet étaient toujours beaucoup plus présents.

Par ailleurs, neuf directrices et directeurs de laboratoire de CNRS Nucléaire & Particules et d'autres collectifs (notamment les jeunes chercheurs) ont pris l’initiative de rédiger un « cahier d’acteur », contribution écrite pour nourrir le débat de la CNDP.

Avant cela, dans le prolongement de la feuille de route européenne adoptée par la communauté de physique des particules en 2025, l’institut avait préalablement désigné cinq ambassadrices et ambassadeurs du projet FCC pour ce débat public. 

Et maintenant ? Que va faire l’institut CNRS Nucléaire & Particules à la suite de la concertation citoyenne ?

Après l'adoption de la mise à jour de la Stratégie européenne, par le Conseil du CERN en mai dernier, définissant le FCC-ee comme le prochain collisionneur amiral au CERN, le projet FCC entre pour nous dans une nouvelle phase préparatoire accompagnant le "Reference Design Phase" du CERN. Cette phase structurante doit aboutir à une définition consolidée pour la machine, un calendrier intégré, un modèle de coûts, une analyse de risques et une stratégie de mise en œuvre, incluant une première liste de lots pouvant faire l’objet de contributions en nature. 

CNRS Nucléaire & Particules s’organise donc en ce sens pour mener, grâce à son réseau de laboratoires, une instruction de qualité et donner un rôle majeur à ses scientifiques et ses personnels techniques sur le volet recherche du programme FCC (de la machine aux données en passant par la R&D détecteur). Un accent particulier sera mis sur des pratiques et des développements compatibles avec une recherche éco-responsable, y compris en mobilisant des expertises des autres instituts du CNRS.

En parallèle, et pour aller au-delà du débat public, l’institut mettra son expertise à disposition des autorités françaises pour préparer, maturer, aider à la décision, ainsi que pour communiquer plus largement sur les enjeux du projet. En effet, Il y a encore énormément d’informations à fournir pour répondre aux multiples interrogations des élus, des décideurs, des politiques, tous responsables auprès des citoyens. 

Une équipe légère, qui sera présentée prochainement, me soutiendra dans les différents aspects de cette mission.

Calendrier décisionnel

3 décembre 2026 : bilan des consultations avec recommandations de la CNDP

Mars 2027 : réponses apportées par le RTE et par le CERN

2027 : discussion et maturation du projet FCC au sein des instances du CERN et des États membres.

2028 : arbitrage de la décision française sur le projet FCC

Automne 2028 : décision finale du Conseil du CERN concernant la réalisation du projet FCC

Contact

Gaëlle Boudoul
Chercheuse dans l'expérience CMS (IP2I) et directrice de l'Antenne IN2P3 CERN Prévessin (AICP)
Laurent Vacavant
Délégué scientifique Coordination du programme FCC
Magali Sarazin
Chargée de communication à CNRS Nucléaire & Particules